lundi 2 mars 2015

La courbe de tes yeux - Paul Eluard

Bonjour à tous (veuillez m'excuser pour la désertion de mon blog ces derniers... 6 mois !)
Je vais désormais essayer de, malgré mon travail scolaire, écrire plus souvent. Voici un échantillon de mon travail de français. Faire une anthologie d'un poète francophone du 20ème siècle. J'ai choisi Paul Eluard, et son poème "La courbe de tes yeux". Dites moi ce que vous en pensez, si vous faites (ou avez fait) des choses similaires dans votre cours de français. Bonne lecture !


La Courbe de tes yeux

La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.

Paul ELUARD, Capitale de la douleur, (1926)
 
STOP ! Prenez une minute pour vous demander simplement : "Qu'ai-je ressenti en lisant ce poème ?" Dites moi votre avis en commentaire !
 




Versification

Mesure : décasyllabes sauf vers : 1-3-4 (alexandrins) et 2 (octosyllabe)

Rythme : pas d’enjambement

Rimes :

·         espèce : mmmmm/ffffm/fffmm

·         richesse : pauvres : 4-5/8-9/11-12 et suffisantes : 1-2/6-7

·         disposition : aabcc/ddeea/ ???b? à rimes plates avec quelques exceptions




Modernité

·         Abandon du vers au profit de formes plus libres. 

·         Influence des arts voisins.

·         Reconnaissance de la valeur polysémique des mots ???

·         Intégration des forces de l’inconscient dans le flux du langage ???




Analyse

Eluard a écrit ce poème au moment où il était encore marié avec Gala, elle était sa muse, c’est donc à elle qu’il le dédie.

Tout le poème est basé sur une métonymie. On décrit la femme à travers une seule partie de son corps : ses yeux. C’est un genre appelé « blason » (décrire une partie du corps de la femme en l’admirant et la vantant), qui était très à la mode au XVIème siècle. Mais qui le redevenait au XXème siècle.




Tout le poème parle de courbes et de ronds. Champ lexical : « courbe », « tour », « rond », « auréole », « berceau », « ailes », « couvée »… On a en plus une assonance en « ou » dans tout le poème, qui fait penser au mot « courbe » (déjà présent dans le titre).

è COURBES

Le premier et le dernier vers sont liés par un chiasme :

« La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,

Et tout mon sang coule dans leurs regards. »

Eluard annonce quelque chose au début, et c’est comme s’il le démontrait tout au long du poème pour conclure par son idée de départ.

Il y a aussi de nombreuses répétitions comme « jour », « parfumés/parfums », « le monde », « dépend ». Cela donne l’idée de quelque chose qui recommence, comme un cercle.

è CERCLE




On peut trouver un champ lexical de la divinité : « auréole », « ailes », « lumière », « ciel », « astres ? », « innocence », « pur ». Eluard compare la femme à une déesse, il la met sur un piédestal, ce qui rappelle la poésie courtoise.

Dans toute la deuxième strophe et le début de la troisième, les yeux sont comparés à la nature, et beaucoup d’associations inattendues sont faites entre les mots. Il lie des impressions (douceur, parfumées, bruits, couleurs, parfums, lumière) et des éléments de la nature. Cela crée une surprise.

On pressent qu’Eluard veut montrer la femme comme la créatrice et la protectrice du monde par les termes : « Ailes couvrant le monde de lumière », « Bateaux chargés du ciel et de la mer » et « sources des couleurs ». Et cette impression est confirmée par le vers 14 : « Le monde entier dépend de tes yeux purs ».

è FEMME DIVINE, CREATRICE

Le poète lui-même dépend aussi de la femme, et Eluard le dit par les termes :

« La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,

Et tout mon sang coule dans leurs regards. »

Il associe sa vie (son cœur, son sang) avec les yeux (la femme).

« Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu. »

C’est comme si le poète disait que toute la vie qu’il a passé avant d’être avec la femme n’avait pas existé, ou du moins il ne s’en souvient plus.

è POETE DEPEND DE LA FEMME




Premier vers : rimes, mesure pas très uniforme. Toute la strophe est une phrase.

Deuxième vers : rimes et associations de mots inattendues (hypallage ?) à effet de surprise. Virgule à chaque fin de vers, tous des décasyllabes, il y a du rythme, ça s’accélère, on pense un peu à une énumération. Peut-être une énumération des qualités de la femme ?

Troisième vers : presque aucune ponctuation, tout glisse, pas de rimes (?).

Les deuxièmes et troisièmes strophes ne sont qu’une seule phrase, entrecoupée de virgules. C’est comme si pleins d’idées se bousculaient dans la tête du poète, comme si il y avait mille et une choses auxquelles comparer les yeux de la femme. Cette phrase rapide et rythmée se termine par l’annonciation du fait que le poète dépend de la femme, et conclut par un vers parallèle au premier.
 
Que pensez-vous de cette analyse ? Par quoi concluriez-vous ?

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